Le contexte : s’envoyer la totalité d’une carte sans culpabilité.
Août 2011
Pas
le genre de truc à annoncer à ta grand-mère à demi sourde, tu risquerais de
l’achever. Néanmoins, un détour par le Braisenville s’impose, ne serait-ce que
pour tester ta capacité à t’envoyer toute la carte sans ciller.
Mais
ce qui fait le Braisenville, c’est surtout son concept futé de gastrotapas à
commander une par une. Là, tu commences à paniquer, et tu t’imagines déjà
poireauter 15 minutes entre chaque acte. Comme ta patience à des limites, tu te dis que tu vas t’en enfourner trois et filer le ventre creux te sustenter ailleurs,
et d’un seul jet. Que nenni mon bon ami, petit 1/ les portions sont loin d’être
chiches, si on chipote, on peut même plutôt parler de raciones, petit 2/ tu
n’attends pas plus de 5-10 minutes entre le moment où ton assiette vide
s’envole et tu annonces ton prochain choix, et l’entrée en scène du nouvel
acteur. Comment un tel miracle se produit-il ? Grâce à un équipement de
pointe peu conventionnel, un four à braise nouvelle génération qui va faire
rêver toutes les ménagères de moins de 50 ans par son efficacité.
Résultat,
ta table ne disparaît pas sous dix plats que tu essayes de manger tous en même
temps, parce que ça serait bête que ça refroidisse, tu prends ton temps et tu
savoures chaque miette.
Pour
une fois, on ne t’arrache pas la carte des mains pour la filer direct à ton
voisin, genre pénurie d’encre et de papier. Tu as le droit de la conserver tout
le repas pour te faire un menu sur mesure au fil de tes envies.
Cru-cuit de thon, ananas, estragon
Ceviche de Bonite, petits pois, eau de concombre
Un
thon fondant, moelleux avec un fort goût iodé en contraste avec la brunoise
croquante d’ananas juteux et sucré, le tout relevé par une touche herbacée
d’estragon, c’est sacrément bon. A côté le ceviche a divisé. La bonite est
superbe, de gros cubes charnus et veloutés. Mais les oignons vinaigrés sont
agressifs et sans subtilité, les petits pois, eux, n’ont aucun goût malgré leur
beau calibre et leur couleur éclatante, quant à l’eau de concombre, elle est
fade comme un jour sans soleil. Moi, je suis passée à côté, j’ai trouvé ça
raté. Mais va savoir pourquoi, namour en face a adoré. Si jamais tu as
expérimenté et que tu veux ajouter ton grain de sel histoire de trancher, tu es le
bienvenu dans les commentaires.
Avec
ça viennent deux verres de blanc. Un Silex 2010 de Touraine, tranchant et droit
dans ses bottes, pas envie de jouer aux sioux avec lui, il est bien affûté et
s'immisce à merveille dans le thon. Dans le second verre, un Amphibolite Nature
2010 de Loire, pur joyau de melon de Bourgogne, bien rebondi et délicatement
iodé, parfait sur le ceviche.
Assiette de légumes
Ris de veau, caramel de yuzu, poivrons verts
Le
ris de veau, c’est le vilain petit canard de la gastronomie. Cru, sa laideur
est effrayante, cuit, je vais pas te mentir en te racontant qu’il se transforme
en appétissante Miss France, mais en bouche, il devient majestueux comme un
cygne. Une cuisson maîtrisée révèle en lui le produit d’exception et le
braisage ici lui sied comme un gant. Son enveloppe s’est parée d’une fine
panure, une fois dénudé son cœur joue carte sur table avec une texture soyeuse envoûtante
réveillée par un caramel de yuzu finement dosé. L’assiette de légumes a l’apparence fragile d’une pile de mikado mais en bouche, c’est du solide.
Amateur de légumes mi-crus, tu vas être ravi, ça croque sous la dent dans une
légère brise de terre brûlée. Si tu les aime fondants, c’est pas gagné, mais
dis toi que la saveur de l’authentique y est, on les dirait tout droit sorti du
potager.
Se
glisse ici l’Humeur du Temps, un chablis 2009 de Moors. Opulent et nerveux, il prouve que l’on peut
être gras mais vif, avec du mordant, presque une humeur de chien.
Côte de bœuf Black Angus (dégustation)
Travers de porc, polenta, émulsion
fruits de la passion, gingembre
La
côte de bœuf est l’idéal pour les assoiffés de sang. Une bonne couche de
graisse moelleuse ne parvient malgré
tout pas à compenser une viande un peu dure qui manque peut être un chouia de maturité. On l’accompagne de patates
braves baignées de mayo et surmontées d’un condiment de tomate, pas
désagréable, braves quoi. La vraie bonne surprise c’est le travers de porc fin
et goûtu, tendre, souple mais bien grillé. Sa polenta crémeuse, régressive à
souhait, piquée de gingembre, est addictive. Et ce petit trait de passion pour
la touche créative est loin d’être anecdotique.
On
passe au rouge avec La Pie Colette 2010 en Côte de Duras, intensément rond et
souple, d’un boisé velouté, il vient sublimer le porc, on se fait pas voler. Le
Faugères réserve 2008 du Languedoc est précis sur le fruit, avec une mâche
élégante et rafraîchissante, joli sur le boeuf.
Citron niçois, figue
Mousseline au chocolat, caramel
Riz
au lait, framboise et mousse de lait
Superbe
fraîcheur du dessert fruité qui l’emporte haut la main. Une crème au citron
onctueuse et bien dosée entre l’acidité et le sucré, des figues pulpeuses,
pin-ups bien calibrées et moelleuses. La
mousseline au chocolat est légère, mais l’intensité n’y est pas et le caramel
rame carrément. Quant au riz au lait, il ne vaut pas grand-chose, peu de goût,
on regrette une gousse de vanille pour parfumer tout ça, la confiture de
framboise ne parvient pas à sauver cette marée blanche et finit elle aussi par
couler malgré ses jolis grains croquants.
On
termine sur une note bullée parce qu’on a plein de trucs à fêter, crois pas
qu’on se fait tous les jours des orgies pareilles. Un champagne Drapier brut
nature zéro dosage et Quand Même, un pétillant Mauzac nature clôturent en
beauté la soirée.
Braisenville
36,
rue de Condorcet
75009
Paris
Tél :
09 50 91 21 74
Fermé
le dimanche
De
20 à 40 €
Avec un nom pareil... Le bout de la langue peut fourcher ! :p Merci pour tes visites sur mes pages... A bientôt !
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