vendredi 2 septembre 2011

Restaurant le Garde Temps, Paris 9e

Le prétexte : à la découverte des nouveautés de la rentrée, le contexte : se battre pour sa moitié.
Août 2011
Ma mère est une foodie qui s’ignore. Pour décider du prochain lieu de nos ripailles, elle a pointé le doigt sur une nouveauté de la rentrée, dénichée sur le blog de François-Régis Gaudry himself. Elle a eu du nez de fouiner de ce côté-là, l’homme est souvent de bon conseil gastronomique, normal pour quelqu’un dont c’est le job à temps complet me diras-tu. 
Le lieu est séduisant dans son négligé vachement travaillé, élégant mais pas guindé, comme le prouve le bondissant gamin du patron qui court dans l’allée centrale. Range ta montre au Garde Temps, il s’arrête et on profite de l’instant présent, Carpe Diem et Hakuna Matata, on te le rendra en sortant. 
La carte, aux prix qui ne donnent même pas envie de prendre ses jambes à son cou, squatte le mur, complétée par une ardoise de suggestions du jour. Des plats de bistrot tous en bonne compagnie, avec plein de mots rassurants, les frites sont « grosses » et « au couteau », la terrine est « maison » et le bar est  « cuit sur peau ». 
 Chips de patate douce
On dissèque les propositions en boulottant des chips de patate douce fines comme de la dentelle et croustillantes comme une miche dorée. Mises à disposition par une demoiselle au sourire Colgate même pas forcé et aussi attentionnée qu’efficace, leur saveur subtilement sucrée fait flotter sur un nuage. La Limousine des suggestions fait bondir ma reine mère qui se lance dans un plaidoyer en faveur de la bête, trop souvent absente des restaurants et au goût pourtant bien plus prononcé que le charolais. Impossible de faire l’impasse, elle n’a pas faim, mais elle va se forcer, on n’est pas là pour rigoler.
Risotto d’épeautre et truffe d’été – Millefeuille avocat, crevette, pamplemousse
La truffe, c’est comme un phare en pleine mer de la gastronomie. Elle capte systématiquement mon attention, m’attire vers elle, et bien souvent au lieu de me guider à bon port, elle m’éblouit tellement que je loupe les balises et finis dans les rochers. Pour une fois, j’ai facilement arrimé mon navire, le produit brille de fraîcheur. Râpée crue, les lamelles sont souples mais se cassent avec la netteté d’un cliché photoshopé, et son parfum délicat embaume tout le plat, contrat rempli. En face, la fausse rassasiée ne perd pas une miette de son millefeuille de dentelle de pain grillé. Il faut se battre pour en choper une fourchettée. Mais le combat vaut le coup, les crevettes sont plus dodues que le père, l’avocat est crémeux tout en restant ferme et la sauce blanche à base d’oignons qui relève la construction n’a rien à envier à celle de ton kébab préféré. 
Chenin 2009, Patrick Baudouin
Accompagné du chenin de Baudouin, aussi classe que la truffe par sa fraîcheur et sa minéralité, aussi gourmand que l’avocat par sa rondeur qui te tapisse doucement les parois buccales,  ce début de repas a autant d’allure que ma girafe de mère.


Faux filet de Limousine et grosses frites au couteau


 
Quasi de veau, poêlée de girolles
La Limousine force le respect de par ses proportions hors norme. Un faux-filet plus haut que large, grillé en haut et en bas grâce à un bon coup de plancha, et au cœur saignant d’une tenue parfaite. Rassis trois semaines, ses arômes se sont développés comme les muscles d’un bodybuilder et sa tendreté vaut celle d’un nouveau né. Les frites ne sont pas grosses, elles sont énoooormes et leur cœur fond comme du beurre. Nécessité du partage de plat annoncé, je prends les devants et exige de l’aspirateur à gourmandise qui me fait face de couper en deux la bestiole avant de l’attaquer.
Le quasi de veau n’a pas à rougir, d’ailleurs il est rosé, et les petites girolles croquantes guident dans les sous-bois sans sourciller. 
La Pinède 2006, domaine Singla
Un vin du Roussillon vient se coller sur nos viandes grillées avec l’évidence d’un timbre sur une enveloppe. Pas plus de résistance en bouche que les barbaques, il est souple et frais. Quelques épices pour faire face au sang, des fruits rouges bien gourmands, il a du coffre et sait chanter les louanges de son terroir.
 Crumble abricot
La salle s’est complètement remplie au fil de la soirée, et les grandes tablées qui se sont installées rendent le niveau sonore digne de celui d’un parc d’attraction au mois de juillet. C’est dans le brouhaha que l’on partage un crumble croquant de pistaches, noisettes et amandes concassées sur un lit d’abricots charnus et légèrement acidulés. Le plaisir n’en est pas gâché, Dieu soit loué.

Rendons un dernier hommage au service. Mademoiselle, vous êtes une perle dont la plupart de vos collègues feraient bien de s’inspirer.


Le Garde Temps
19 bis, rue Pierre Fontaine
75009 Paris
Tél : 09. 81 48 50 55
Fermé samedi et dimanche
A la carte : 30 €

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