Août 2011
Ma
mère est une foodie qui s’ignore. Pour décider du prochain lieu de nos
ripailles, elle a pointé le doigt sur une nouveauté de la rentrée, dénichée sur
le blog de François-Régis Gaudry
himself. Elle a eu du nez de fouiner de ce côté-là, l’homme est souvent de bon
conseil gastronomique, normal pour quelqu’un dont c’est le job à temps complet
me diras-tu.
Le
lieu est séduisant dans son négligé vachement travaillé, élégant mais pas
guindé, comme le prouve le bondissant gamin du patron qui court dans l’allée
centrale. Range ta montre au Garde Temps, il s’arrête et on profite de
l’instant présent, Carpe Diem et Hakuna Matata, on te le rendra en sortant.
La
carte, aux prix qui ne donnent même pas envie de prendre ses jambes à son cou,
squatte le mur, complétée par une ardoise de suggestions du jour. Des plats de
bistrot tous en bonne compagnie, avec plein de mots rassurants, les frites sont
« grosses » et « au couteau », la terrine est « maison »
et le bar est « cuit sur peau ».
Chips de patate douce
On
dissèque les propositions en boulottant des chips de patate douce fines comme de
la dentelle et croustillantes comme une miche dorée. Mises à disposition par une
demoiselle au sourire Colgate même pas forcé et aussi attentionnée qu’efficace,
leur saveur subtilement sucrée fait flotter sur un nuage. La Limousine des
suggestions fait bondir ma reine mère qui se lance dans un plaidoyer en faveur de la bête, trop souvent absente des restaurants et au goût pourtant
bien plus prononcé que le charolais. Impossible de faire l’impasse, elle n’a
pas faim, mais elle va se forcer, on n’est pas là pour rigoler.
Risotto d’épeautre et truffe d’été –
Millefeuille avocat, crevette, pamplemousse
La
truffe, c’est comme un phare en pleine mer de la gastronomie. Elle capte
systématiquement mon attention, m’attire vers elle, et bien souvent au lieu de
me guider à bon port, elle m’éblouit tellement que je loupe les balises et finis dans les rochers. Pour une fois, j’ai facilement arrimé mon navire, le produit
brille de fraîcheur. Râpée crue, les lamelles sont souples mais se cassent avec
la netteté d’un cliché photoshopé, et son parfum délicat embaume tout le plat, contrat
rempli. En face, la fausse rassasiée ne perd pas une miette de son
millefeuille de dentelle de pain grillé. Il faut se battre pour en choper une
fourchettée. Mais le combat vaut le coup, les crevettes sont plus dodues que le père, l’avocat est crémeux tout en restant ferme et la sauce blanche à base
d’oignons qui relève la construction n’a rien à envier à celle de ton kébab
préféré.
Chenin 2009, Patrick Baudouin
Accompagné
du chenin de Baudouin, aussi classe que la truffe par sa fraîcheur et sa
minéralité, aussi gourmand que l’avocat par sa rondeur qui te tapisse doucement
les parois buccales, ce début de repas a
autant d’allure que ma girafe de mère.
Faux filet de Limousine et grosses
frites au couteau
Quasi de veau, poêlée de girolles
La
Limousine force le respect de par ses proportions hors norme. Un faux-filet
plus haut que large, grillé en haut et en bas grâce à un bon coup de plancha,
et au cœur saignant d’une tenue parfaite. Rassis trois semaines, ses arômes se
sont développés comme les muscles d’un bodybuilder et sa tendreté vaut celle
d’un nouveau né. Les frites ne sont pas grosses, elles sont énoooormes et leur
cœur fond comme du beurre. Nécessité du partage de plat annoncé, je prends les
devants et exige de l’aspirateur à gourmandise qui me fait face de couper en
deux la bestiole avant de l’attaquer.
Le
quasi de veau n’a pas à rougir, d’ailleurs il est rosé, et les petites girolles
croquantes guident dans les sous-bois sans sourciller.
La Pinède 2006, domaine Singla
Un
vin du Roussillon vient se coller sur nos viandes grillées avec l’évidence d’un
timbre sur une enveloppe. Pas plus de résistance en bouche que les barbaques,
il est souple et frais. Quelques épices pour faire face au sang, des fruits
rouges bien gourmands, il a du coffre et sait chanter les louanges de son
terroir.
La
salle s’est complètement remplie au fil de la soirée, et les grandes tablées
qui se sont installées rendent le niveau sonore digne de celui d’un parc
d’attraction au mois de juillet. C’est dans le brouhaha que l’on partage un
crumble croquant de pistaches, noisettes et amandes concassées sur un lit
d’abricots charnus et légèrement acidulés. Le plaisir n’en est pas gâché, Dieu
soit loué.
Rendons
un dernier hommage au service. Mademoiselle, vous êtes une perle dont la
plupart de vos collègues feraient bien de s’inspirer.
Le Garde Temps
19
bis, rue Pierre Fontaine
75009
Paris
Tél :
09. 81 48 50 55
Fermé
samedi et dimanche
A
la carte : 30 €
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