Le prétexte : des renseignements sur les allemands, le contexte : une rêne dans chaque main et la fourchette dans la bouche
Novembre 2010
Novembre 2010
Le 15e arrondissement, quand on ne connaît pas, on ne voit qu’une terre stérile à toute bonne boustifaille.
Que dalle.
Guillaume Delage n’en a pas beaucoup, juste 30, et a ouvert en 2008 un bistrot qui dépote dans le quartier par ses recettes aux saveurs chiadées.
Par une belle journée de tempête, typique d’un mois de novembre morose, je pousse sa porte, trempée jusqu’aux os, le cheveux dressé sur le crâne, genre enchevêtrement de spaghettis de légumes.
Tête-à-tête avec un grand (frère) cavalier. A l’ordre du jour, une sale affaire de rênes d’origine allemande.
Autour de nous, petites tables en bois sans nappes, bien espacées, planque idéale pour un déjeuner pépère entre costards. On n’est pas là pour la déco, sommaire.
Mais pour se réchauffer, de l’intérieur. Avec ce temps de cabot errant, c’est l’idéal pour un retour à la cuisine d’antan, de jadis. Mais revisitée, détournée, remaniée, comme de la pâte à modeler.
Soupe de boudin noir et ravioles de porc
T’aimes le boudin noir. T’aimes le porc. Les deux ensemble, ça t’aurait pas plus traversé l’esprit que de sortir en jogging chaussé d’escarpins. Moi non plus, je te rassure. Comme quoi, parfois, faut oser faire confiance au serveur qui ose qualifier la création de « pleine de légèreté ». Crois moi ou pas, c’était bel et bien aérien et diaboliquement harmonieux. La soupe de boudin, fluide et vaporeuse comme un drapé d’Yves Saint Laurent, vient napper devant toi d’élégantes ravioles parfumées et de petits croûtons délicieusement croustillants. Inattendu de délicatesse. Un vrai plat de saison, mais la finesse de la raviole, l’assaisonnement de la farce au porc et la suavité du boudin noir en font une subtile réussite.
La suite est du même niveau. Surprenant mais cohérent. Des encornets émincés font office de dessus de lit, aucune résistance sous la dent, juste une mollesse parfaitement dosée. Couchés sur des tronçons de haricots verts croquants et assaisonnés d’une pointe d’amertume. Contrastes d’équilibriste.
Une crème en toute simplicité pour finir sur une note sucrée. L’accord chocolat-caramel, on a connu plus audacieux. Mais sa texture veloutée, sa crème fouettée même pas écoeurante, en font un doux instant de volupté.
Pas de vin, juste des cafés, y’en a qui bossent dans la foulée.
Avant de quitter les lieux, on sort les rênes allemandes, instrument de torture équestre pour tout cavalier peu coutumier de leur usage. Imagine, déjà tu galères à diriger ton cheval avec une rêne dans chaque main. Là, on t’en colle deux entre tes dix doigts. Démonstration live chez Jadis, personne ne bronche. Pari réussi pour Guillaume, une cuisine créative et goûteuse mais sans chichi. La prochaine fois, on amène carrément le cheval.
RESTAURANT JADIS
208, rue de la Croix Nivert
75015 Paris
Tél : 01 45 57 73 20
Fermeture samedi et dimanche
Menu midi 25 € - Carte 32-55 €













































