mercredi 28 septembre 2011

Brunch à la Maison Mère, Paris 9e

Le prétexte : envie de bruncher US, le contexte : en France aussi on peut trouver des burgers bien gaulés.
Septembre 2011.
La Maison Mère, c’est voisin de l’Hôtel Amour, déjà aussi branché et bientôt adoubé en table de meilleure qualité. Esprit loft et déco parfois un peu discutable (les chapeaux melons en luminaires, c’est un genre), l’endroit est cosy et propose une carte de brunch outre mer alléchante. 
Black Label Burger
Le king de la Maison, c’est le Black Label Burger.  D’où lui vient sa suprématie ? De l’origine du steak qu’il héberge entre ses buns. Un généreux morceau de basse côte Black Angus USA coupé au couteau. La Rolls du burger quoi.
La bête vient normalement en seule compagnie d’une belle chevelure d’oignons confits fondants. Pour les ultra gourmands, quand on demande avec le sourire de lui adjoindre du bacon et du cheddar, c’est possible.
Il a belle gueule ce burger, et quand tu plantes tes crocs dedans, c’est dément. Juteux, moelleux, épais et bien saignant. Le bacon croustille joyeusement et incroyable, le cheddar a du goût. 
Frites maison
Les frites sont maison, timides, elles ont gardé leur peau, et cet accès de pudeur n’est pas pour déplaire. Elles ont le cachet de l’authentique, un joli calibre et une saveur de friture saine qui te réconcilie avec le bac à huile.
French toast au pain brioché
En dessert, le pain perdu brioché a une bonne tête mais manque un peu de croustillant au cœur pour vraiment être détonnant. Quant au sirop d’érable qui l’accompagne, un conseil zappe-le, sucrailleux et au goût douteux, superflu. La bonne surprise, c’est le café gourmand. Trois vrais petits desserts jouent les chaperons, dont un cheesecake à la crémosité érotique.
Café gourmand
Maintenant, quand tu seras dans le quartier, tu as enfin une alternative US et branchouille à l’hôtel Amour, alors n’hésite pas. Ici, les portions n’ont pas fondu comme une glace au soleil et les serveuses savent sourire, ça fait plaisir.

La Maison Mère
4, rue de Navarin
75009 Paris
Tél : 01 42 81 11 00
http://lamaisonmere.fr
Fermé dimanche soir et lundi
Brunch tous les dimanches de 12hà 16h
Carte : 20-35 €

samedi 24 septembre 2011

Restaurant le 37m2, Paris 9e

Le prétexte : j’ai trop nagé, on va becqueter ?, le contexte : la caverne d’Ali Baba.
Septembre 2011.
Si un dimanche soir tu rôdes dans le 9e, si tu as beaucoup nagé parce que tu es un grand sportif et que tu as besoin de reprendre des forces, mais sans noyer tes 665 longueurs d’agonie dans un pot de mayo, vient donc festoyer dans l’univers féerique du 37m2.
A la carte, des plats fusion, d’inspiration taïwanaise. Mais dans ces 37m2 là, pas de déco pseudo asiatique qui font plus pathétique qu’authentique. Les deux compères maîtres des  lieux, Aurélien Jégou et Costya Chen, ont opté pour le raffinement, l’élégance décontractée.
Photo : Facebook du 37m2, idem carte.
Tu comprendras pourquoi en voyant les photos suivantes, prises avec iPhone ce soir là
C’est simple, épuré, sans chichis mais joli. Cependant, il y a trois choses que tu dois pas louper.
1) la table aux fauteuils de cinéma, parce que c’est design et bien trouvé.
2) la carte des vins écrite à l’envers et que tu lis dans le miroir, parce que tu vas y dénicher du Miss Vicky Wine Rosé et que ce vin, il est stylé.
Miss Vicky Wine, vigneronne, et Aurélien Jégou, co propriétaire du 37m2
Si c’est ton jour de chance, tu as même la vraie Miss Vicky Wine en prime avec toi, et là, tu peux fanfaronner.
3) la collection de stylos improbables, ceux que tes parents ont toujours refusé de t’acheter, alors que mazette, t’aurais forcément déchiré tout tes DS avec pareil complice au bout des doigts. Grâce à Aurélien et Costya, qui en plus d’être accueillants sont partageurs, tu vas enfin assouvir ta frustration de collégien.
Impossible de le nier, au 37m2, l’ambiance est décontractée, on fait des rencontres et ça fleure bon l’amitié. Sauf qu’on va pas au resto seulement pour se faire des potes, mais surtout pour se remplir l’estomac. Ici, on fait aussi bien les deux, sans te vider les poches (comme ça tu te fâches pas tout de suite avec tes nouveaux copains) et avec des plats bien pensés aux saveurs maîtrisées.
Magret de canard fumé au thé noir et parfumé à la prune
L’association thé noir et paillette de prune un peu acidulées est une riche idée. C’est surprenant et charmant. Le canard est tendre et ça se laisse picorer du bout des doigts avec candeur. Léger et bien assaisonné, ici on ne triche pas, le goût est là.
Gambas enrobées de cheveux d’ange (Kadaif)
De belles et grosses gambas fondantes, aux moelleux rassurant comme la poitrine de ta maman, enrobées de fins cheveux d’anges croustillants, c’est gourmand. 
Mais le plus envoûtant, c’est ce riz blanc en accompagnement. Suis pas fana de riz, à moins qu’il soit noyé sous une bonne sauce relevée. Ici, il se suffit à lui-même, aéré et parfumé, les grains se détachent facilement et sont fondants sans coller aux dents. 
Avec tout ça, tu l’as compris, on a bu du Miss Vicky Wine rosé. Dans ton verre c’est aussi féminin que l’étiquette. Des fruits rouges pour les gourmands, un peu d’agrume pour réveiller tout ça, y’a du soleil dans cette bouteille, des éclats de rire et du partage. Il aime les épices et sait les enrober, les sublimer dans ton palais. Au 37m2, il est comme un poisson dans l'eau, c'est la cuisine qu'il lui faut.
 Tarte citron mangue, pâte sucrée au thé vert
Un vrai dessert de pâtissier qui change de la pana cotta gélatineuse ou de la crème brûlée aqueuse. Une pâte fine comme du papier de soie et délicate comme une ombre chinoise, aucunement détrempée, on sent l’assemblage minute. La crème citron mangue est généreuse et onctueuse comme une crème de nuit, sucrée sans t’écoeurer, ça donne envie de s’en tartiner. 
 
On vient au 37m2 pour la bonne humeur de Costya et Aurélien, pour les petits plats sains aux saveurs franches, pour le lieu cosy, un havre de paix qui met du baume au cœur. On est ressorties de là boostées, prêtes à affronter la semaine sans trop rechigner. Des parenthèses gourmandes et amusantes comme celle-ci, on en voudrait tous les jours parce que ça fait sourire et ça donne envie de revenir.


Toutes les photos sur Face de Bouc

Le 37m2
66-68 rue Rodier
75009 Paris
Tél : 01 48 78 03 20
Menu 25 €
Fermé lundi et mardi midi

mardi 20 septembre 2011

Restaurant la Pulpería, Paris 11e

Le prétexte : 25 ans et envie de sang, le contexte : bidoche pulpeuse en direct de la Pampa.
Septembre 2011.
Le flexitarisme en vogue, connais pas. Moi et la bidoche, on est copains comme cochons. Pour honorer mon quart de siècle, j’ai choisi des gens sains du bide, de ceux que la viande rouge ne rebute pas, direction la Pulpería. 
Apéro saucisson-Mâcon qui donne le ton. Le sauciflard a la souplesse d’un matelas à eau et sa chair marbrée est délicatement parfumée d'herbes et de grains de poivre aguicheurs. C’est gras juste comme il faut et contrebalancé par la fraîcheur du Mâcon, aussi pur qu’une couronne florale piquée de fraises des bois fondantes. 
Une carte aux intitulés chantants, courte et c’est rassurant. Côté vins même topo, voyage assuré en quelques références bien tournées. L’accueil a la chaleur sincère de l’Amérique Latine, avec aux platines un Fernando à l’accent roulant, très séduisant. 
Gambas mi cuites, chou et fruits rouges – Empanadas de carne
Ceviche de cabillaud
Au moment de passer commande, caramba ! rupture de blancs de seiche à la plancha. Fernando  vient à notre rescousse avec un ceviche de secours, qui éclipse la seiche loupée par le moelleux de sa chair nacrée et le pétillant sensuel de son assaisonnement. 
Les gambas juste cuites sont dodues comme les cuisses d’un nouveau né et te donnent envie de te lécher les doigts sans retenue, ambiance caliente. 
On attend les empanadas au tournant, emblème de la cuisine de l’Amérique du Sud, c’est un peu le steak tartare à la Latine. Ici, elles sont percutantes de perfection car gonflées à bloc par une farce subtilement épicée. A l’intérieur c’est humide, mais la pâte reste croustillante et quand tu scindes la coque en deux, un fumet digne du calumet de la paix te grimpe jusque dans les narines.
Alamos Torrontes 2010 (Argentine)
Un vin séducteur comme une jeune fille en fleur. Elle a une peau de pêche et se parfume au jasmin, une vraie gourmande aux formes arrondies, fana de caramel et de chocolat qu’elle distille en petites touches subtiles. Impossible de lui résister, et les épices de nos entrées s’y sont entremêlées avec grâce et volupté.
Churrasco, chimi churri et pommes grenailles
Pluma iberica à la braise, légumes racines, jus corsé
Yeux qui brillent et sourire carnassier se dessinent sur les lèvres, la viande peut mettre en transe les plus raisonnés. Le churrasco, c’est de la viande grillée, ici tu l’as reconnu, du bœuf bien saignant. Une belle pièce qui impose le respect, juteuse, fondante, avec ce goût puissant et charnel qui donne envie de pousser des grrr de plaisir. Le chimichurri c’est un condiment, persil, ail, vinaigre, huile, piment et petites touches personnelles du chef, ici dés de poivrons. L’idéal avec la grillade, l’accompagnement discret qui ne masque pas le goût mais révèle la chair et l’assaisonne avec justesse. Les petites pommes grenailles joliment hâlées sont à partager et te rappellent dans leur perfection celles de ta grand-maman. Tu les picores avec les doigts parce c’est encore meilleur comme ça, tu te brûles en croquant dedans, la faute à ton cerveau qui te dictes de foncer après les signaux envoyés par ton nez, et oui tu en redemandes une assiette parce que tu les as toutes boulotées sans que personne puisse y toucher.
Le porc ibérique est un poète et sa plume est d’une légèreté étonnante pour un cochon. C’est juteux comme le business des cours de cuisine, moelleux comme un édredon et enrobé de gras crousti-fondant qui devrait être interdit aux moins de 18 ans.
Pisano – Rio de los Pajaros Reserve 2007
Direction l’Uruguay avec un mix de tannat, syrah et viognier charmant. Je m’attendais à des tannins arrogants, omniprésents, un truc aussi subtil que la coloration de ma gardienne, comme on t’en sers souvent avec la viande, genre ça supporte tout la bidoche, même qu’on te décape le palais au Cif. Trop pas, c’est un vin finalement assez léger, pas une once d’agressivité, mais une nature heureuse et généreuse, un vrai bon vivant qui sait te donner du plaisir. Fruits rouges gourmands qui glissent, cannelle et réglisse coquines qui épicent, c’est fichtrement gouleyant.
 Mousse de dulce de leche, noix fraîches –Tartelette d’Arandanos, crème citronnelle
Je ne sais pas résister au dulce de leche. Rien que le nom me fait frétiller. Dulce, c’est la douceur, mais va savoir pourquoi, ça m’évoque aussi la noblesse du Duc. Et puis leche, je vais pas te faire un dessin, j’y vois quelque chose d’un peu plus sensuel que le lait. Bref, je me retrouve sur un gros nuage de sucre, je flotte dans un bain de caramel mousseux. Cherche pas d’équilibre sucré-acide. Ici l’abus de saccharose est imparable et nécessaire, même pas fatal, juste assumé. Alors on fait le choix de la tolérance pour une parenthèse too much absolument fondante.
L’arandanos c’est la myrtille, ici dans une jolie tartelette avec une pâte fine comme le chas d’une aiguille et une crème légère comme une feuille à rouler.
On finit sur un jus de poire fermenté, de bonnes bulles qui viennent toquer sur ta langue, une poire juteuse et savoureuse, c’est chouette, comme l’étiquette.
Les braises, Fernando le chef, une dernière bouchée pour la route….


La Pulpería
11, rue Richard Lenoir
75011 Paris
Tél : 01 40 09 03 70
A la carte 40 €, menu dégustation 50 € (à demander, pas inscrit sur la carte)
Ouvert le soir uniquement. Fermé dimanche.

jeudi 15 septembre 2011

Restaurant Playtime, Paris 10e

Le prétexte : Buzz d’hier, valeur sûre d’aujourd’hui ?, le contexte : un lieu cosy les jours de pluie.
Septembre 2011.
Playtime vient tout juste de souffler sa première bougie. A l’ouverture en juillet 2010, tous les critiques ont fait la ola pour le duo Rassinoux/Sandklef, la déco rétro, les assiettes fusions et les prix tout doux. Un an après, poussée par le compte-rendu enthousiaste et récent d’un chouette blogueur, je décide d’aller voir ce qui se traficote là-bas.
A la lecture de la carte, surprise, la formule du midi a pris un coup de soleil pendant la fermeture d’été. +2 € sur la première, + 3€ sur la seconde. Anticipation de la dégringolade des marchés financiers ? Réévaluation du bail de location répercutée sur le menu ? Tu penses peut-être que je suis un peu rapiat parce que 2-3 €, c’est pas non plus l’ouragan Irène et ses 7 millions de dollars. Mais ça met Playtime au même niveau que Septime et ses 26 € verre de vin compris, tu vois, tout de suite le niveau d'expectation grimpe.
La carte joue la règle de 3, rien d’inconnu au bataillon, mais des suggestions que tu trouves pas forcément dans ton troquet de quartier.
Niveau ambiance, j’adhère comme de la patafix. Ce style vintage est supra cosy, la petite touche florale n’est même pas niaise, tu te sens direct bien dans ce lieu lumineux, tu respires, et le service est aux petits oignons. Rien à redire, dehors il pleut des cordes, on aurait pu camper là.
Maki inversé aux crevettes et avocat, condiment japonais
Assiette de harengs à la Scandinave, pommes de terre rose, crème à l’aneth et au curry
Le maki inversé, c’est l’appellation prétentieuse du california roll de ton jap favoris.  Fraîcheur des produits à concurrencer Fébrèze, riz gourmand cuit à la perfection. Jolie exécution. Les harengs à la scandinave sont tendres et leur saveur fumée grisante. Dommage qu’ils soient coupés en tout ch’tits morceaux et que leur nombre se compte sur les doigts de la main. La crème aneth/curry est inégalement assaisonnée, tu restes sur un sentiment d’inachevé. Frustrant, parce que cette entrée, elle a le potentiel de DSK aux présidentielles avant cavalcade au Sofitel.
Dos de lieu en croûte de noisette, coulis de cresson et miso, navets boule d’or glacés
Epaule d’agneau braisé, semoule à la menthe et cumin
Une épaule fondante d’inspiration maghrébine avec des raisins joufflus, des zestes de citron confits et une semoule à la menthe bien aérée. Mais où est caché le cumin ? On dira qu’il est timide, il a du préférer rester en cuisine. Le lieu fait mouche, un épais dos à la cuisson maîtrisée, les morceaux se détachent tout en fermeté, un coulis épais et parfumé, entre l’amertume du cresson et le sucré du miso. Les navets glacés, charnus ont un bon goût de racine. Bien joué.
Un petit café que l’adorable serveur, au sourire sincère et à l’oeil frétillant, accompagne de délicats petits morceaux de brownies. Mince, s’il s’agit d’un échantillon du brownie aux noix, miroir à la fève de tonka, on regrette déjà d’avoir fait l’impasse sur le dessert. 

La cuisine de Playtime met de bonne humeur et réchauffe le coeur, une vraie récréation gourmande dont on aimerait bien profiter chaque jour. Pourtant certains plats sont inégaux dans leur assemblage, c’est toujours très bon, mais comme dans un jeu de construction, on ajouterait ou déplacerait bien une pierre de l’édifice pour atteindre l’équilibre. Quant à la fusion criée sur tous les toits, j’ai connu plus fusionnant, mais peut être qu’en un an, la cuisine a évolué vers des choses plus raisonnées.

On reviendra pour le lieu coocooning et chaleureux, pour l’accueil merveilleux, et aussi pour la cuisine, parce que même si parfois c’est maladroit, soyons honnêtes, on s’est quand même régalées. Bilan, ça a buzzé, et maintenant c’est une bonne adresse du quartier à ne surtout pas bouder.

Playtime
5 rue des Petits Hôtels
75010 Paris
Tél : 01 44 79 03 98
Menu midi : 20  €, 25 €, à la carte 40 €
Fermé samedi et dimanche

lundi 12 septembre 2011

Les Lundis de Fulgurances au Kitchen Studio

Le prétexte : les seconds sont les premiers, le contexte : le Voyage de Toshiro.
Lundi 5 septembre 2011
T’as jamais passé le périph’ mais tu brûles depuis toujours de sauter le pas ? Un lundi par mois, le duo de choc de Fulgurances te donne l’occasion de réaliser ton rêve grâce aux Lundis de Fulgurances, au Kitchen Studio de Boulogne-Billancourt. 
 Sophie Cornibert et Hugo Hivernat (Fulgurances)
Le principe : un second de cuisine se carapate en douce de son grand restaurant qui fait briller les yeux, et se télé transporte pour quelques heures jusqu’à toi pour te montrer ce qu’il a sous le capot. Parce que les seconds d’aujourd’hui sont les premiers de demain.
Sang Hoon Degeimbre et son second Toshiro Fujii (L’Air du Temps) 
Pour cette rentrée 2011, c’est Toshiro Fuji, le second de Sang Hoon Degeimbre (L’Air du Temps, Belgique, 2 étoiles) qui vient se frotter à nos papilles averties de foodies parisiens.
Le menu, poétiquement intitulé « Le Voyage de Toshiro », annonce 9 étapes gastronomiques, accompagnées d’un orchestre de vins audacieux, mené à la baguette par Wouter de Bakker, jeune prodige de la sommellerie belge vénérant la pureté des vins sans soufre. 
Amuse-bouche
Un Lundi de Fulgurances, c’est une expérience riche comme crésus, avec des coups de foudre et des rebondissements, comme au cinéma. De l’amuse bouche aux mignardises, tes papilles se délectent des découvertes.
Maquereaux marinés façon japonaise
Comme ces maquereaux à la texture soyeuse, inspirés des origines de Toshiro. Un aller simple pour le pays du soleil levant, finesse et raffinement, tu oses à peine toucher ton assiette. C’est subtil, à la fois frais et suave, accompagné de tomates juteuses entre le sucre et l’acide, envoûtant.  
Suprême de volaille jaune cuit à basse température
Quand tu vois arriver ton assiette, tu te demandes ce que ce rectangle à la blancheur lunaire et à l’aspect visqueux vient faire là. Pas de panique, le suprême porte aujourd’hui à merveille son petit nom, et tu rêves désormais de maîtriser la cuisson à basse température. Ça se mange à la petite cuillère, c’est moelleux comme du beurre et doux comme ta plus belle veste en velours. Les petites billes de riz soufflé légères comme une bulle de savon croustillent dans ta bouche. Et les pointes d’ail sauvage relèvent délicatement l’ensemble, miamesque. 
Ce qui est chouette aux Lundis, c’est l’ambiance. Tu veux aller fureter en cuisine ? Rien à cacher. Ici, tant que tu n’encombres pas le passage, et que tu ne t’amuses pas à déconcentrer la team de choc en action, tu es toujours le bienvenu pour un petit zieutage des coups de mains de pro. Et puis les grandes tablées style cantine, c’est l’occasion de te faire plein de nouveaux copains gourmands, entre ripailleurs, les liens se nouent facilement.
Mais la véritable rencontre de cette soirée, c’est lui.
Arcese 2009, Alessandra Bera, Piémont (Italie)
Un italien arrivé tout droit du Nord de l’Italie pour te botter les fesses. Un blanc qui n’a pas peur de la mixité, et brasse les cépages locaux avec enthousiasme. Cortese, Favorita, et Arneis sont de la partie. Soit au fond de ton verre l’amitié, la chance et l’espièglerie. Joli programme confirmé dès que tu y plonges ton nez avec des noisettes fraîches qui viennent te titiller les narines. Normal, on est en pleine saison. En bouche, surprise, un petit pétillement vient toquer tout doucement contre ton palais. C’est pas magique, c’est naturel, le vigneron a boudé les sulfites, une fermentation naturelle s’est développée dans la bouteille. Ensuite, c’est tout un poème, avec des rimes d’une richesse extrême. Tu mors dans une pêche juteuse assaisonnée d’un trait de mandarine, une pomme verte vient te rafraîchir, une brise marine passe et un joli mélange d’herbes et d’épices nappe le tout. Fusion et sensations. C’est surprenant, gourmand et enveloppe la volaille d’un brin de folie. 
Alors est ce que Toshiro est un grand de demain ? Je suis pas Madame Soleil, mais j’ai été touchée. C’est toujours superbe visuellement, parfois c’est bon, souvent c’est excellent. Sa cuisine est délicate comme des perles de rosée, sensible comme ton nez en hiver et maîtrisée comme un salto arrière de Candeloro.
Franchement, tout ça vaut bien sa demi heure de métro.


Fulgurances
Sophie Cornibert et Hugo Hivernat
Les Lundis de Fulgurances un lundi par mois.
Prochaine date : 10 octobre

L’Air du Temps
Chaussée de Louvain 181
5310 Eghezée, Belgique
Tél : 0032 (0)81 81 30 48
Fermé samedi midi, dimanche et lundi

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