Le prétexte : deux ritals de retour à Paname.
Le contexte : frôler la perfection et se remplir la panse d’émotions.
Le contexte : frôler la perfection et se remplir la panse d’émotions.
Octobre 2011.
Le temps s’arrête, oublie tout, ton job stressant, ton bus en grève, ton chien malade et ta gardienne de mauvais poil.
Bienvenue chez Rino et son chef à l’accent chantant, Giovanni Passerini, un romain qui parle avec les mains et cuisine avec une tête drôlement bien faite. Son restaurant est un coquet trou à rat où tu peux vivre des émotions tsunamiesque.
Mes deux ritals préférés sont de retour à Paname, l’occasion d’une grande tablée avec tout plein de copains et un Giovanni déchaîné dans un menu carte blanche de haute volée.
Pour se mettre en bouche, une bière. Oui, tu as bien lu. Je bois de la bière. Parce qu’en fait je suis une fille assez brut de décoffrage, le genre qui peut passer l’après midi au pub à hurler devant un match de foot, un demi de Heineken posé en équilibre sur le bide. Parce qu’en fait autour de la table, on a deux biérologues italien, des experts du houblon qui rendent toutes leurs lettres de noblesse à ce nectar.
Birra del Borgo – Rubus
Donc là, c’est autorisé. Et c’est même bon, parfumé à la framboise, avec de belles bulles rondes qui font plic ploc sur ta langue puis roulent sur ton palais.
Les deux premières entrées font honneur à la pasta avec des raviolis qui n’ont rien à voir avec ceux de Buitoni. Une pâte maison fine et fragile qui révèle des farces onctueuses et savoureuses. Les langues d’oursins bien iodées donnent un coup de fouet au potimarron alors que le bouillon de rutabaga fait sourire la tête de cochon par sa légèreté.
Un Touraine qui gazouille sur l’oursin, frais et vif comme une brise marine, tendu comme le cordage d’un navire amarré. Pour la tête de cochon, un rosé pétillant come un bouquet d’œillet tout frais, il charme le cochon en l’entourant d’une élégante onctuosité.
Rouget, fregola, épinard et cerfeuil
Tripes de bœuf, consommé réduit de crabe, livèche
Le poisson, un rouget nageant sur une mer de fregola, a la chair douce comme de la soie, et fond délicatement dans la bouche en distillant une saveur franche et fraîche. Sur sa peau croustillante, une épaisse chevelure de cerfeuil, sous son ventre blanc, la fregola sarda, pâte à base de semoule de blé dur séché puis rôtie au four, vient le chatouiller de ses petites billes dorées. Les tripes qui se posent ensuite sur la table n’ont rien à voir avec tout ce que tu as déjà pu goûter en matière de. Et si tu n’as jamais osé y goûter, stoppé net par l’odeur puissante et la texture étrange, c’est chez Rino qu’il faut aller les yeux fermés pour une initiation des plus charmeuses. Elles sont tendres, charnues, aucune odeur ou saveur trop prononcée, et un consommé de crabe qui parfume tout avec frivolité.
I Masieri, Angiolino Maule
Le rouget fait la rencontre d’Angiolino et de son Masieri. Angiolino Maule est en Italie LA référence en matière de vins naturels. Très appliqué dans sa minéralité, droit comme le I de son pays, Masieri a des convictions claires et nettes : la simplicité et la plaisir avant tout. Sa pureté et sa légère salinité plaisent à la mer, alors que son parfum de houblon séduit la fregola. L’élémentaire qui suit mise tout sur le fruit avec ses 100% grenache au compteur. Juteux, rond et gourmand en bouche, il vient caresser les tripes d’épices douces et de fruits rouges compotés et enrober de douceur la brochette lapin-escargots qui suit.
Brochette de rognons de lapin et escargots, soupe de carotte
Ris de veau, panais, oignons, sauce maquereau fumé
Les rognons de lapin, plus petits, plus rebondis que ceux du veau, n’en sont pas moins parfumés et étonnamment ravis de se frotter aux escargots. Une brochette mixte carrément déjantée, très osée mais super convaincante en bouche. A déconseiller par contre à n’importe quel enfant un peu sensible, l’association rein de bugs bunny+sa carotte mixée+gentil escargot sans sa maison pourrait lui être fatal. Le ris de veau qui suit est à l’image du reste du repas, parfait dans son exécution, enveloppé d’une fine panure, doux et moelleux comme un sac de couchage après une journée de trek en haute montagne.
Un chenin bien nommé pour accompagner le ris de veau. Billes de roche te ramène à l’école, à l’heure de la récré avec son nom, au tableau noir par son terroir crayeux. En bouche, c’est délicat et fleuri comme le bouquet de fin d’année de la maîtresse. Des fleurs blanches, parfumées de romantisme, des arbres fruitiers avec des pêches d’été bien mûres et des poires juteuses.
Col vert, betterave, chou, crème d’olive
Ripaille– Domaine Les Deux Terres
Le canard clôture le premier acte de notre voyage chez Giovanni. On rejoint cette fois définitivement la terre ferme avec un col vert aux magrets fondants à peine cuits. Pour l’accompagner, quoi de plus normal que Ripaille, un vin tonique et puissant, chaleureux, tu plonges ton nez dans un bouillon d’épices fumant, en bouche c’est sanguin, félin, ça pourrait être lui qui a chassé le canard.
Carpaccio de poires, glace brebis
Mûres, figues, noisettes, amandes, mousse mascarpone
Les desserts sont exactement ce qu’on attend d’un plat à la fin d’un repas. Du léger, du rafraichissant, de l’aérien, des textures veloutées, du croquant et du juteux. Rien de lourd, de pâteux, de sucrailleux.
Un OVNI se pose sur la table, non tu ne rêves pas, mélange osé de l’oseille et du chocolat, crois moi au pas, avec Giovanni tout est réussi. On accompagne ces trois douceurs d’un champagne blanc de blanc extra brut super inspiré. Du haut de sa colline roulent des bulles tellement fines que tu les sens à peine dévaler dans ton gosier, elles titillent surtout le bout de ta langue avec élégance. En bouche des fruits secs, raisins, amandes, noisettes, c’est fluide et léger, ça se boit sans discuter.
Chez Rino ce soir là, chaque plat terrien était ponctué d’une touche marine, genre tu es là pour une escale et ton navire t’attend au port prêt à larguer les amarres, t’as des étoiles de mer plein les poches. Un voyage entre terre & mer totalement maîtrisé, épatant de justesse, on garde le cap de A à Z, aucun risque de chavirer, chapeau, Giovanni est un grand, peut être même le plus grand capitaine de cuisine de Paris.
Rino
46, rue Trousseau
75011 Paris
Tél : 01 48 06 95 85
Ouvert le soir du mardi au samedi,
Ouvert midi et soir le vendredi et le samedi
Carte : 30-45 €







































